| Anziani52 04-01-2009 04:14
Le 19e siècle a vu naître la photographie, ce qui a libéré l'art de son obligation d'imiter la réalité. Cette progression s'est faite en douceur, avec entre autres l'impressionnisme (1872) dont les peintres prirent des libertés avec la distribution des couleurs naturelles et avec les gestes picturaux ou le cubisme (1907) dont les peintres s'affranchirent des règles de la perspective. Le tournant est aux alentours de 1912 (on sait maintenant que la première aquarelle abstraite de Kandinsky date de 1913 et pas 1910) où un art se développe qui ne fait plus appel à la figuration. Notons que ça se passe en douceur : les premiers Kandinsky sont d'abord des formes hiératiques (telle forme abstraite renvoie encore à un cheval même s'il n'est plus reconnaissable, par exemple), les premiers Mondrian sont des paysages simplifiés, Delaunay des spectres de lumière diffractée, etc.
On prend alors conscience que ce qui fait l'intérêt d'une œuvre n'est pas ce qu'elle montre mais la manière dont elle le montre (si elle montre quelque chose), et donc que le simple agencement de couleurs, de lignes, de formes, d'oppositions, de textures, de matières, de couches, de gestes, etc. peut être porteur d'un sens très fort.
Bien entendu, cela va contre cinq siècles d'éducation à l'image et il faut remonter au Moyen-âge tardif pour retrouver des œuvres qui ne se présentent pas comme l'illusion d'une fenêtre ouverte sur un autre monde mais bien comme une surface organisée de manière sémantique.
Aussi encore de nos jours certaines personnes ont du mal à l'aborder, parce que ne sachant pas comment regarder (par exemple Canaille) ou parce qu'ils font un amalgame entre l'art en tant que pratique, le marché de l'art, l'art en tant que signe d'appartenance à une classe sociale, l'art en tant que pensée, etc. (par exemple Lucca34).
Notons que l'art abstrait a presque un siècle et que de nos jours des tas d'autres inventions ont eu lieu (certaines issues de lui d'ailleurs), toutes aussi passionnantes, questionnantes ou déroutantes. C'est dommage de se priver d'autant de plaisir à cause de préjugés poussiéreux.
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